Le Gorille au Chorus, partie I

Le week end dernier, nous nous sommes rendus au Chorus Festival de la Seine musicale de Boulogne Billancourt. On vous fait un petit retour sur nos impressions, coups de cœurs et déceptions. On commence par les meilleures découvertes, ceux qui nous ont époustouflés, et ceux qui n’avaient pas encore attirés notre attention.

Les meilleures découvertes :
Eddy de Pretto

La salle du Riff X est enfumée quand nous nous infiltrons pour la fin du concert du jeune artiste français Eddy De Pretto, qui se qualifie lui-même d’un style musical non-genré. Le chanteur qui s’est révélé lors du Printemps de Bourges représente une nouvelle génération d’artistes et s’impose avec prestance tout en conservant son air décontracté, en jean et basket, un bracelet de festival au poignet droit. On retrouve dans son concert l’aspect intimiste de son album : le chanteur est seul au centre de la scène et déballe naturellement ses textes, fenêtres ouvertes sur sa vie, son enfance et son quotidien. On ne pouvait donc que valider l’avis général qui se détache lorsque l’on entend parler d’Eddy, un grand talent frenchy plein de surprises et dont les déhanchés souples pourraient nous faire tomber amoureux !

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

Charles X

Charles X, c’est une autre ambiance. Retour dans le hall à la scène éphémère entre deux concerts, on se ballade, on reprend une bière et on entend des cris qui s’élèvent de la foule, face à la scène. On s’approche, intrigués, et on aperçoit un homme chemise ouverte, abdos saillants, secouer ses courtes dreads à coté de 2 danseurs sobrement habillé de couleurs sombres, à l’allure très artsy des street dancers américains.  En effet, Charles X et sa team viennent tout droit de Californie, où ils ont su s’inspirer de la soul, du jazz et du hip hop. On se croirait dans l’Atlanta de Donald Glover, mais en plus sexy. Au fil du set, le chanteur se dévoile de plus en plus et une danseuse se rajoute à la troupe, le pianiste est tout sourire et nous aussi. On sort du concert avec le regret de ne pas les avoir rejoints sur les caissons pour bouger nos fesses et faire crier les foules.

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

Kokoko !

C’est aussi au détour d’un couloir que notre œil est attiré par les habits jaunes du groupe KOKOKO ! On s’attarde ensuite sur leurs instruments, tout droits venus du Congo et créés à partir d’objets de récupération trouvés dans les rues de Kinshasa par les 5 jeunes et talentueux membres de ce groupe. On se fait emporter par les cris des oiseaux et par le beat rythmé de l’habile mélange entre clavier, guitare, ou voix qu’on croirait sorti d’un beatmaker pour une danse endiablée. C’est en tout cas ce que l’on a vécu durant ce set. On vous conseille d’aller les checker si vous êtes partants pour une transe improvisée, ou si vous avez envie de voir à quoi ressemble une cithare faite de boites de sardine reliées par des câbles de frein.

Meilleure présence scénique 

Un concert de qualité revêt plusieurs dimensions. Sa qualité musicale est fondamentale, son aspect scénique est essentiel, mais il y a une mystique qui fait souvent la différence, et celle-ci est à attribuer aux premiers concernés, les artistes. Comment éluder les talents qui se sont illustrés, au-delà de leur musique par leur personne durant ce festival ? Nous en avons retenu trois.

 

Caballero & Jean-Jass

En premier lieu, il y a Caballero & Jean-Jass. Les deux belges sont bien présents sur scène, et celle-ci manque de rompre sous la pression de la foule. Le duo ne se produisant pas sur la Grande Scène du Chorus festival mais sur sa Scène Ephémère (une plateforme dans un hall), un mouvement de foule bouscule la scène à l’issue du premier morceau. La sécurité panique, Caballero & Jean Jass lancent un pogo. Le flegme qui les caractérise leur permet de mener une prestation intense de 45 minutes, retraçant tous les grands morceaux du duo devant une foule si compacte qu’on dirait qu’elle ne se meut que d’un seul homme.

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

 Panama Bende

Avant eux, il y a eu Panama Bende. Le show des 7 rappeurs parisiens est le premier concert auquel nous assistons pour ce dimanche 26 novembre, et il faut dire que l’ambiance contraste avec les concerts que nous avons pu voir la veille. Les rappeurs tranchent, avec des sonorités assourdissantes et des phases incisives. L’un d’eux passe par dessus les barrières pour aller dans un pogo, la foule s’emporte aux sons du refrain de « Avé ».

 

Action Bronson

Et après eux, il y a eu Action Bronson qui conclut ces deux jours de Chorus festival. Ce dimanche-là, ça se termine sur un teeshirt déchiré, deux micro brisés sur le sol et une performance impressionnante. Entre narration et exutoire, le concert passe par tous les visages. Des mélodies calmes, Action Bronson nous invite à imaginer une voiture dans laquelle nous fumerions un joint. Des sons beaucoup plus rythmées, il se met à genoux et vocifère, sans le micro, qu’il vient de flinguer.

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

Le concert le + singulier :

 

Gregory Porter

Lorsque l’on rentre dans la Grande Seine, on en reste bouche bée. Devant nous, sur scène, sont assis les 119 musiciens de l’orchestre symphonique de Paris, et à coté du chef d’orchestre, un dandy américain au béret français susurre dignement du Nat King Cole à nos oreilles. La foule est calme mais attentive, la majorité est assise dans les gradins mais quand Gregory entame le fameux « Quizas, Quizas, Quizas », le public chaloupe tranquillement. On se croirait au Village Vanguard de New York lorsque Coltrane ou Bill Evans s’improvisaient une jam session all night long, mais en perdant tout de même le coté léger des arrangements de Nat King Cole.  Le costume noir et blanc du crooner s’accompagne très bien des sons rêveurs de l’orchestre, la contrebasse entame un solo et on se sent bien. Après un rapide micro-trottoir à la suite du concert, on se rend bien compte que le public est ravi d’avoir eu droit à un show orchestral, on souhaite donc faire un big up au Chorus pour la diversité de leur programmation qui nous a permis de nous évader le temps d’un instant.

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

French Fuse

French Fuse, c’est notre premier concert, on découvre la Seine musicale et son hall imposant. Il est encore tôt, et à 18h tout le public n’est pas arrivé. On aperçoit tout de même un amas de gens devant la première scène, la Scène Ephémère dressée dans le hall, où, sous le plafond imposant, se tiennent deux hommes aux bonnets rouges et bleus, concentrés derrière leur boite à rythme. On découvre le style de ces deux aixois, fin mix entre musiques de pubs, sonneries d’iPhone, et beat (même si, on vous l’avoue ça peut ne pas plaire aux mélodistes les plus pointus). En tout cas, French Fuse en concert ça valait la peine d’aller voir, c’est surprenant et on se laisse prendre au jeu.

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

La + grosse déception

Passage obligé ou aventure malencontreuse lors d’un festival, il est de ces prestations qui laissent un goût amer en bouche. Artistes attendus ou pas, on se souvient de certains par la déception qu’ils représentent. Nous en avons retenu deux

 

Møme

D’aucuns diraient que la mayonnaise n’a pas prit durant le concert de Møme, on retiendra un concert tâtonnant du point de vue du style. Entre l’électro chantante matinée de synthé et de guitare qu’on lui connait et la musique que l’on entend ce soir, on perd nos repères.  Møme a par ailleurs proposé une des scénographies les plus soignées de ces deux jours de festival, il n’en demeure pas moins que lorsqu’il convie deux rappeurs sur scène, le registre adopté ne semble pas vraiment coïncider avec ce qu’on connait de lui. A savoir des sonorités dansantes et une musique bien cadencée, un créneau qui lui correspond si bien.

Corentin Loubet pour Le Gorille

 

De la Soul

On oserait parler de déception concernant la prestation de De la Soul, tant les artistes sont reconnus et jouissent d’une immense légitimité en tant que monument du hip-hop des années 90. Alors si la déception ne tient pas d’eux, qu’ont-ils à faire dans cette rubrique ? Et bien c’est le public qui a fait défaut. Entourés d’un live band, les trois rappeurs ne semblent pas être entendus par une foule peu réceptive. Les morceaux proposés par De la Soul sont réguliers au niveau du ton adopté, et cela conjugué à la platitude du public fait que nous ne garderons pas un souvenir impérissable du show.

Un article de Corentin Loubet (La Chambre Noire) et Elise Batifort

Stay tuned, la suite c’est demain

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *