La Mélancolie Heureuse de Tim Dup

Entre pop et variété française, Tim Dup, 23 ans exploite un terrain inédit : celui de chansons aux sonorités légères et aux teintes mélancoliques. Ancien étudiant du Celsa Paris-Sorbonne, il entame une tournée qui se terminera à la Cigale en mai.

Au cours de sa rencontre avec Le Gorille, Tim Dup nous dévoile les contradictions d’un artiste paradoxal.

LE GORILLE : Comment l’aventure Tim Dup a-t-elle commencé ?

TIM DUP : C’est venu un peu sur le tas. J’ai toujours écouté beaucoup de musique avec ma famille. J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de 7 ans, c’était mon premier contact avec un instrument. Au collège, j’ai été dans plusieurs groupes, de pop rock, de reggae. En entrant à la fac, j’ai commencé à écrire mes textes et des potes m’accompagnaient.

Peu à peu, j’ai commencé à écrire de plus en plus de chansons personnelles, puis j’ai eu envie d’aller les tester seul sur scène. J’ai contacté des bars à Paris pour faire du piano / voix. Mes premiers concerts, c’était dans des caves, des clubs et bars, il n’y avait que mes potes et ma famille.

J’ai pris l’habitude de jouer aux Trois baudets. Un jour, un mec qui bossait dans l’édition musicale est venu me voir.

LE GORILLE : Tu faisais des études au Celsa et tu as tout quitté pour la musique. Était-ce une évidence ? Comment t’en es-tu rendu compte ?

TIM DUP : C’était une évidence. Pendant mes études au Celsa, je commençais à faire quelques concerts et c’était compliqué de suivre les cours en même temps. J’ai finalement décidé de tenter ma chance. J’ai produit mon EP pendant mon stage, je n’avais pas beaucoup de compétences mais je me suis dit « on y va et on verra ». J’ai beaucoup appris dans l’association Le Gorille car on était dans le concret.

LE GORILLE : Concernant le concept derrière le titre de ton album, que veux-tu dire par Mélancolie Heureuse ?

TIM DUP : Ce titre est venu au fur et à mesure de l’écriture de l’album, il y avait cette idée d’oxymore qui revenait. En fait, il y a une idée dichotomique dans chaque titre : Envie Méchante, Mélancolie Heureuse, Soleil Noir.

Je suis quelqu’un d’heureux mais j’aime bien avoir des phases de solitude où je me pose avec mon piano. Forcément, ces phases sont plus mélancoliques. Dans ces moments, j’aime bien composer et écrire. Les sentiments sont plus exacerbés que quand tu es joyeux.

Je ne veux pas être porte-parole d’une génération car on est tous hyper différents. Cependant on est une génération à la fois mélancolique et heureuse et ça se traduit dans nos études et le marché professionnel : j’ai l’impression que notre génération a envie, peut-être plus que nos aînés.

LE GORILLE : Ton album semble plus mature. En quoi est-il différent de ton premier EP ?

TIM DUP : J’avais envie de prendre du plaisir. L’EP c’est différent puisque c’est le premier projet : l’idée est de montrer qu’il y a une patte artistique.

Des artistes comme Kanye West, Childish Gambino, Frank Ocean ou Mac Demarco m’ont inspiré. Ils sont jusqu’auboutistes dans leurs créations et ils sont très passionnés. Du coup je me suis amusé sur l’album : il y a plus de sonorités Hip-Hop, j’ai mis de l’autotune, du vocodeur et en même temps la base reste un piano, une voix et un texte.

LE GORILLE : Au niveau du processus créatif, comment ça se passe ? C’est d’abord une mélodie qui te viens ? Tu écris des textes après tu places une musique dessus ?

TIM DUP : Ça dépend beaucoup. Quand l’inspiration me vient, je prends plein de notes sur mon téléphone par exemple. J’aime bien avoir des carnets, tu vois l’écriture se faire, tu peux construire comme déconstruire.

La musique ça vient tout d’abord du piano, je divague sur l’instrument et quelques harmonies me viennent. Après j’écoute tout le temps de la musique et je pense que naturellement c’est inspirant.

Au niveau des propos, je pense qu’il faut voyager, rencontrer des gens, car tout est potentiellement inspirant. La socio m’a appris à analyser des trucs que personne ne regarde. Après l’album j’étais sec. Je n’avais plus aucune inspiration, mais c’est revenu. La tournée aide beaucoup, car t’as un contact immédiat avec le public.

LE GORILLE : D’ailleurs, comment te sens-tu avant de monter sur scène ?

TIM DUP : Dans la vie je suis pas un énorme stressé mais t’as toujours un petit pic de stress avant de monter sur scène. D’ailleurs il faut l’avoir, les plus mauvais concerts que j’ai faits, j’avais l’impression d’être prêt, du coup, je ne stressais pas. Le stress est nécessaire et je m’en nourris. 

LE GORILLE : Quel est ton rapport à la scène ? Est-ce que tu cherches à instaurer une ambiance particulière ?

TIM DUP : J’essaie de créer quelque chose d’immersif. Au départ c’était des sets très découpés car je faisais des premières parties ou des co-plateaux. Depuis, j’ai créé autre chose, c’est un peu plus spectaculaire bien que je ne sois pas un show-man. Mais je suis davantage stressé car les gens viennent pour moi et j’ai beaucoup plus de pression. Je ne peux plus me cacher derrière la première partie. Mon degré d’exigence augmente à chaque fois.

LE GORILLE : As-tu un souvenir d’un concert qui t’a particulièrement marqué ?

TIM DUP : Généralement, j’aime bien les concerts intimistes. À l’ouverture du Printemps de Bourges, je faisais la première partie de Renaud et il y avait 7000 personnes c’était complètement différent. Tu t’adresses à 7000 corps qui forment une entité. Cette énergie m’a envahi.

LE GORILLE : Nous avons remarqué une certaine esthétique visuelle et narrative au niveau de tes clips. Comment se fait le travail de création avec le réalisateur ?

TIM DUP : Lorsque j’ai commencé à travailler sur l’EP, j’ai rencontré Hugo Pillard, qui bossait sur l’image de Fauve. J’aimais beaucoup ce qu’il faisait, son image avec ce truc un peu immersif du court métrage avec un grain de documentaire. On s’est très bien entendus, on a d’ailleurs presque le même âge.

Depuis un an et demi, il fait tous les clips. Je trouve ça bien de continuer avec la même personne, cela participe à la cohérence visuelle du projet, et donc à son histoire.

Avec Hugo, on échange beaucoup. Quand j’écris une chanson j’ai pas mal d’idées, que je lui apporte, mais c’est lui qui écrit et qui réalise.

Certains des clips sont en fait plus des illustrations. Je ne voulais pas avoir sur YouTube un simple « audio » sur l’image de la pochette, ça ne raconte rien.

Sur Paradoxe par exemple, je suis allé manger un kebab avec des potes, et on s’est filmés en plan séquence. On en a fait un autre dans une laverie automatique (Mortelle Habanera), un autre avec un bouledogue (Où tu vas). Ce sont des petits instants de vie qui racontent des choses et qui restent aussi symboliques pour moi.

J’ai aussi eu la chance de rencontrer des gars en école d’animation qui ont proposé des images sur trois de mes chansons (Comme un écho, Fin Aout, L’envol).

LE GORILLE : Quels sont tes projets pour la suite ?

TIM DUP : J’ai envie de trop de trucs. J’aimerais travailler avec d’autres artistes, même je suis déjà content d’avoir pu le faire un peu. J’apprécie sortir de mes zones de confort, faire un morceau avec un rappeur serait l’une de mes idées.

Je souhaite que ça aille vite en fait. Il y a un paradoxe sur la temporalité quand même : tu écris tes chansons, et elles sortent deux ans après. En deux ans, surtout à nos âges, tu bouges… J’aimerais que le deuxième n’arrive pas trop tardivement, d’ailleurs je commence déjà à l’écrire.

LE GORILLE : tu passes à la Cigale le 31 mai prochain. Ça te fait quoi ? 

TIM DUP : Pour le moment je ne réalise absolument pas. C’est une salle que j’aime beaucoup, j’y suis allé pour voir de nombreux concerts. Je pense que ce sera vraiment spécial.

Tim Dup sera à la Cigale le 31 mai !

Une interview de Juliette Zybura, Anthony Tuete et Corentin Loubet

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