Taciturne de Dinos n’a rien de tel

Le rappeur français Dinos signe son retour avec Taciturne, sorti le 29 novembre 2019.

L’artiste : des absences et des retours 

Dinos, originaire de la Courneuve (Seine Saint Denis), s’est fait connaître grâce à ses projets personnels à partir de l’année 2011 mais aussi grâce aux Rap Contenders de la même période. Il s’est rapidement différencié dans le paysage du rap français par son flow, mais surtout ses textes très travaillés, comme un Alpha Wann, avec qui il partage de nombreux points communs.

Dinos a cependant su se faire attendre, puisqu’après une période d’absence (2014-2016), il annonce son premier album Imany en 2016, projet qui ne sortira finalement que deux ans après. Dinos marque réellement son retour fin 2017 avec le titre Flashé, puis le 30 mars 2018, il dévoile le single Les pleurs du mal. Un mois après cette release, Imany est enfin dévoilé. Il s’agit alors du premier album studio de Dinos, accompagné quelques mois après d’une version Deluxe, composée de sept nouveaux titres. 

Les projets du rappeur se sont donc faits plus rares : pour son public, à la fois gage de qualité sur le contenu, mais également facteur d’attentes d’un niveau de qualité stable voire croissant pour les sorties à venir. Dinos a su répondre à cette demande en sortant le 4 octobre 2019, le titre XNXX, premier extrait de son album Taciturne

Un passage dans Le Cercle de Sofiane, puis en Live sur la chaîne Youtube Colors Berlin, une réédition… Depuis la sortie d’Imany, Dinos est parvenu à faire grimper sa côte, comme le confirme le score en première semaine de son nouvel album Taciturne. Pour tirer avantage de l’engagement très fort de son public, le rappeur a sorti son album en trois versions accompagnées d’articles de merchandising. Sont commercialisées la version Standard, la version Nuit, et la version Jour. Une stratégie qui semble porter ses fruits puisque l’album a écoulé près de 50% de son total en format physique au cours de la première semaine. 

 

Un album où Dinos se fait plaisir 

Composé de 15 titres pour l’édition classique (19 pour les éditions nuit et jour) ce nouvel album apporte une  la mélancolie qui manquait à l’approche de l’hiver. Vision du passé « L’homme qu’on devient dépend de l’enfant qu’on a été », d’où le namedropping d’artistes assez anciens qui l’ont forgé. Au début du morceau Frank Ocean, on entend l’inimitable “Gangsta Grillz”, producer tag – hyper identifié par les butés de rap américain comme Dinos – de DJ Drama, producteur emblématique d’Atlanta et des années 2000 ayant travaillé sur beaucoup de mixtapes de l’époque, notamment Trap Or Die de Young Jeezy. Dans la même veine, la voix de Jackie Brown des Neg’Marrons, présentateur radio, actuellement host emblématique des freestyles OKLM rythme le morceau N’Tiekar. Mack Le Bizz Freestyle est également une référence au morceau éponyme de Nubi, dont Dinos reprend le “Quand je chante ma galère…”

L’album bénéficie aussi de productions de grands beatmakers de la scène urbaine française comme Seezy, Sofiane Pamart, ou Beatsbyt (qui produit notamment des morceaux sur Rooftop de SCH) et donnent ainsi à l’album une certaine puissance, au-delà des textes et du flow de Dinos.

Sur ce dernier album, il parvient à occuper l’espace et mélanger les genres. On ne compte que trois featurings sur l’album, ce qui est peu comparé à la majorité des feats sur des artistes du genre. Il accueille la chanteuse Marie Plassard, d’abord connue pour ses covers de rap français sur Youtube, Manu Dibango, saxophoniste et chanteur camerounais, mais aussi le rappeur orléanais Dosseh. Un feat avec Vald sur le titre Wouuh a été avorté, pour « pleins de raisons » selon Dinos. Que Vald pose sur Wouuh n’est pas si surprenant compte-tenu des sorties de l’artiste, d’autant plus que que Dinos a demandé pour ce morceau à son beatmaker de réaliser le pire beat possible (notamment par l’utilisation d’un synthé très simpliste), pour qui lui-même pose son pire couplet. On est donc sur ce genre de délire, que Vald aurait pu valider.

 

Sur les trois versions, on trouve des outros : Au revoir (version standard), Cœurjacking (version Nuit), et Sagittaire (version Jour), titre sur lequel on retrouve la voix de la grand-mère et du cousin du rappeur, qui ajoutent du spleen et donnent un côté intimiste à l’album.

On retrouve d’ailleurs des thèmes communs avec l’album Imany: comme l’amour, où l’on constate une perte de ce dernier, comme dans la phrase du titre Oskur: « Au secours, l’amour je le vois pas mais j’en entends parler tous les jours ».

La religion semble aussi présente sans en faire une apologie,  il y a un éternel questionnement sur le pourquoi, qui est l’interrogation qui semble porter la musique de l’artiste de manière générale.  

 

Le mythe de l’improvisation 

A travers ses interviews pour la promo de l’album, Dinos nous livre une vision de l’artiste, au sens littéral du terme, assez mythique. Il explique avoir produit l’album quasiment uniquement en improvisation en studio, ce qui paraît surprenant compte-tenu des textes toujours très techniques proposés par l’artiste, tant au niveau de la forme que du fond, compilant nombre d’images et de références. On peut donc s’interroger quant à la véracité de cette dite totale improvisation, que l’on a souvent envie de prêter au rap. Pourtant, certains revendiquent le fait de travailler longtemps leurs textes, notamment Orelsan. Peu importe si ce mythe de l’improvisation s’avère réel ou non, le talent de Dinos nous transporte tout au long de l’album. 

 

Mes coups de cœur, pour l’enchaînement des morceaux, leur simplicité des prods et leur efficacité lyrique : 

  • Wouuh
  • Frank Ocean 

 

Mathilde Braud

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