Dreams Worth More Than Money : Mythique Meek Mill

S'immerger dans le second album du rappeur américain Meek Mill, paru au début de l'été 2015, pour mieux cerner l'artiste.

La pochette de Dreams Worth More Than Money peut sembler, au premier coup d’oeil, plutôt commune pour une couverture d’un projet rap US : une liasse de coupures de 100 dollars, assemblées par un bandeau de papier siglé du nom de l’artiste. En s’y penchant plus attentivement, on distingue, sur la droite des billets à moitié pliés une illustration légendée de texte, représentant des mains jointes. Cette pochette se révèle être une véritable métaphore visuelle de l’ensemble des thèmes profondément personnels de l’album : sur chaque verso est en fait inscrit le nom de Robert Parker, le père de Meek Mill qui, si on en lit les inscriptions « sunrise » et « sunset », a vu son premier soleil se lever en 1960 et son dernier soleil se coucher en août 1992. 

Cet album, devenu 5 ans plus tard mythique, est ainsi paru en juin 2015 après près d’un an de retard, causé notamment par l’incarcération du rappeur (ce dernier en parle d’ailleurs dans son premier titre), l’album fait malgré cela un carton dès sa sortie. Il bat des records de vente dès la première semaine et devient rapidement disque de platine (plus d’un million de ventes et de téléchargements). Pas surprenant lorsque l’on écoute le premier titre, Lord Knows, écrit en featuring avec Tory Lanez, rappeur américain dont la popularité n’est pas aussi développée en Europe mais très talentueux (dont le dernier titre, Who Needs Love est sorti le 3 avril dernier). Ce son, qu’on peut choisir de juger bien objectivement comme incroyable, nous soulève littéralement. Introduit par Lacrimosa (ou la larme en français) de Mozart, les deux artistes veulent faire passer un message, cette chanson se révèle être une sorte de requiem pour Meek Mill, qui fait table rase sur ses débuts, ce qu’il gagne et la réputation qu’il a gagné, sachant qu’il est aujourd’hui internationalement reconnu.

 

 

Le tout se développe sur sur une instrumentale destructrice, mêlant classique et grosses basses, un mélange peu commun mais qui fonctionne et, poussé à son maximum, fait trembler le corps et l’âme. Ce rapprochement de styles musicaux sera d’ailleurs réutilisé avec un sample des années 80 ou 90 dans Classic, qui rappelle indubitablement la série The Get Down, produite par Netflix et relatant l’âge d’or du Hip Hop et le début du rap. Dans la suite de cette tracklist, le morceau Cold Hearted et son air de piano reprend aussi dans une moindre mesure cette balance entre le rap d’un côté, art qui se veut dur (à tort ou à raison) dans les propos, dans les expériences, et le piano d’un autre, l’instrument de la sensualité, de la délicatesse. Mais plus que l’instrumentale, les artistes présents dans cet album le rendent unique, car le projet est surtout fruit d’une collaboration entre le rappeur et non moins de dix autres artistes, avec entre autres, Drake, Nicky Minaj, The Weekend, Chris Brown ou Future. Ces collaborations ont permis à Meek Mill de créer un album complet, y incorporant une hétérogénéité rarement vue, allant du classique, à la pop, sans oublier ce qui fait l’essence de l’artiste, un retour aux sources, un rap presque à l’ancienne.

 

 

Une volonté retrouvée dans le titre R.I.C.O, en feat. avec Drake, qui est pour moi un des rappeurs à la carrière la plus impressionnante, paré d’une instru simpliste mais qui claque et un rap qui se veut classique, quasi monocorde, sans aspérité, un rap propre parlant de sale, parlant de la rue, de l’éducation, de la violence, mais surtout de la police, qui les surveille, thème récurrent dans cet album mais particulièrement présent ici. Le titre est d’ailleurs révélateur de l’ambiance de suspicion et de peur d’être arrêté, R.I.C.O signifiant « Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act », l’équivalent de la lutte contre le crime en bande organisé en France.

Cet album est sûrement le plus abouti de l’artiste, malgré Championship, sorti 3 ans plus tard, qui répétera plus ou moins le même modèle, accueillant lui aussi beaucoup d’artistes en collaboration et reprenant même le titre Cold Hearted dans une version II.

Jules Housset

 

 

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