Rencontre : La Pacifist Lover Life de Bnkdakid

Originaire de Belleville, Bnkdakid est un jeune rappeur qui a évolué au sein des collectifs Bankroll et D-Tente, aux côtés d’artistes comme Squidji ou encore Captaine Roshi. 
Depuis 2018, il enchaîne les feats et a sorti une première mixtape, Pacifist Lover Season, et en 2020 deux projets : Raphaël et Pacifist Lover Life. En seulement deux ans, il a su évoluer et proposer des projets différents et complets. 
Rencontre.

Dans tes textes, on entend beaucoup de mélodie, avec des chansons entêtantes, sur des prods de beatmakers prometteurs comme Issho, comment définirais-tu ton processus créatif?

Issho m’envoie généralement la prod en avance, je vais au studio avec elle, et ensuite c’est comme je le sens. Soit j’écris, soit je n’écris pas. Par exemple, j’ai fait Marchand de sable en impro mais pour Rio, qui est un peu plus du storytelling, j’écris. Je me dis que je vais raconter une histoire. Au bout des quatre premières phrases, je sais de quoi je vais parler dans la suite. Je fais un topline en boucle sur le son puis les mots commencent à arriver jusqu’à que j’aie le son, des couplets, un refrain… La mélodie vient avec la prod, à partir d’elle, je crée ma mélodie, mes flows. Après c’est vrai que j’ai des textes de côté, je les mets dans mes mémos mais je les réutilise rarement car ça ne colle pas à la prod. Je préfère tout faire avec la prod pour avoir une cohérence. Il faut que ça colle. 

On voit que tu accordes beaucoup d’importance à l’aspect visuel dans ton travail et ce depuis tes premiers projets, que ce soit dans tes clips, artworks et dans la promotion. Est-ce que pour toi la musique est aussi visuelle et comment la vois-tu?

Le visuel est très important, c’est fait pour illustrer sa musique, car tu crées un son mais tu dois faire une cover et je me dis que la cover représente au mieux le son. Comme c’est Raphaël qui fait mes covers [@raphael.fondation sur Instagram, ndlr] même si Winca a fait la dernière [@winca4, ndlr], ce que je fais d’habitude, c’est que je leur envoie le son, qu’il sorte ou pas, et on fait en sorte que la cover soit une définition du projet. Pour les événements, il faut que l’affiche soit en rapport avec la mixtape qui vient de sortir, que ce soit par rapport aux couleurs, à la DA, ou même la police. Il faut que tout ait un rapport avec ce qui vient de sortir. Ça permet de créer un univers différent à chaque fois.

 

Concernant les événements de rencontre avec ton public, tu as déjà organisé des release parties, conçues comme des expériences de partage. Est-ce qu’avec la crise sanitaire tu souhaites maintenir ce rapport avec ton public ou cherches-tu à concevoir un nouveau rapport avec celui-ci?

C’est difficile parce que je préfère le rapport humain plutôt que celui d’Internet. Je vais tous les jours sur Instagram et Twitter mais je ne sais pas comment faire… C’est toujours mieux en vrai car les gens te diront toujours des choses qu’ils ne te diront jamais sur IG. Quand j’organise mes release parties, je sais qu’ils viennent pour écouter ma musique, pour me parler, alors que quand je sors un album ou un son, il n’y aura pas vraiment de discussion, ils vont juste me dire qu’ils ont bien aimé. J’avais prévu de faire un événement cet été, avec des restrictions, des masques, mais ça a été annulé, je préfère attendre…

Mais en attendant, tu as sorti une playlist ce vendredi, et quelque part il y a aussi un partage là-dessus… 

La playlist reste dans l’idée du festival et mes releases où j’invite des artistes avec qui je m’entends bien et que j’écoute. C’est toujours la même idée de partage et de réunion, de détente pour partager tout ce qu’on a avec les autres. On attend 2021 et 2022. Il faut toujours garder un rapport physique. Tu ne peux pas voir qui te regarde, voir les émotions de chaque personne et c’est important pour moi de voir comment les gens ressentent ma musique, que je les connaisse ou pas. C’est un moyen de nouer un lien avec les gens qui m’écoutent.

Dans Pacifist Lover Life, on sent que tu trouves vraiment ton identité musicale, en chantant un plus que sur tes anciens projets ou en invitant des chanteuses, comme Baeredith. Penses-tu ton rap comme un genre qui réunit d’autres influences ? Si oui, lesquelles ?

Quand je fais du son, la manière dont je pose dépend de ce que j’écoute à ce moment-là. Quand j’ai fait Pacifist Lover Life, j’écoutais beaucoup Tame Impala, Mylène Farmer, FKA Twigs et Joji, et ça se ressent assez dans ce que je fais. Je sais que chaque projet est différent grâce à ces influences hors rap et c’est aussi l’objectif de concevoir une évolution dans la musique, la direction artistique et les textes.

 

Cover de Pacifist Lover Life, 2020, disponible sur toutes les plateformes de streaming.


Tu sors tous tes projets en indé, cela influence-t-il ton travail ?  

Oui beaucoup, je me sens libre. Les gens qui sont signés ont des obligations dans le sens où quand ils sortent un son, ils ont des promesses à tenir. Ils ont des chiffres à atteindre, des seuils, et ça change leur perception de la musique. Ils se disent qu’ils doivent faire en sorte de vendre beaucoup sur tel titre. Leur musique est un peu… édulcorée, d’autres gens viennent donner leur avis avant que le son sorte et moi j’essaie de rester le plus vrai possible. Les prochaines mixtapes vont sortir sûrement en indé, on cherche à ouvrir notre label, donc je pense qu’on va rester en indé jusqu’au bout. Chacun y fera ce qu’il veut. On n’est pas des majors, on ne t’oblige pas à vendre 100.000. J’ai pas envie qu’on me fasse écouter un son qui a bien marché et qu’on me dise de faire un peu comme lui. Si tu ne veux pas que ta musique change, c’est ce qu’il faut faire, on n’a pas trop le choix. 

Quel est ton premier coup de cœur rap?

[Rires] En France, c’est Booba ou Sniper et aux US je pense que c’est 50 [Cent] et Lil Weezy. Mon grand frère écoutait beaucoup 50, je pense que c’est le premier rappeur que j’ai écouté. On était dans la même chambre et je voulais toujours écouter 50. Et aussi Lil Wayne, plus je grandissais et plus j’aimais Lil Wayne. 

Comment t’es-tu dit “je vais faire de la musique” ?

Dans mon quartier à Belleville, il y a des rappeurs comme Mister You, il y en a eu d’autres et là-bas on écoute beaucoup les rappeurs de la zone. Mon meilleur pote faisait du son quand on avait 13 ans. Pour nous c’était un truc de fou ! Aujourd’hui, tu dis que tu rappes, on te dit « ok » alors qu’avant quand tu rappais t’étais un fou ! Il n’y avait pas Internet, donc si tu le faisais c’est que t’étais sûr de toi, que t’aimais vraiment ce que tu faisais et tu te lançais. Il me disait de venir au studio et j’y aimais beaucoup l’ambiance. Puis à mes 14-15 ans, il y a un autre groupe du quartier de notre âge qui s’est mis à rapper et c’est là que je me suis dit « pourquoi pas ? ». Au début je remixais des sons de 50, j’ai réécrit en français If I can’t et je l’ai rappé, et après j’ai continué comme ça. Quand j’ai eu 17 et 18 ans, j’ai pris ma première séance au studio, j’ai kiffé et continué. 

Il y a quoi dans tes écouteurs en ce moment ? 

Hier j’ai écouté l’album de Lil Baby, Girl in Red, J’Von, et King Princess. C’est vraiment des albums que j’écoute à la chaîne, en ce moment je fais une grosse fixette sur Lil Baby et 070 Shake. 

C’est quoi la suite pour toi ?

Musicalement, je continue de sortir des mixtapes avant de me dire que je suis prêt pour un album. Il faut se sentir prêt, ça ne fait pas longtemps que je fais du son et un album ça prend du temps. J’essaie d’évoluer dans les textes, le flow et ensuite essayer de faire grossir le festival et le label. Le premier album c’est vraiment important, c’est le début, c’est le jour où tu te dis « je suis un vrai rappeur », je sais où je vais, je suis prêt. Les mixtapes t’apprennent à faire tes tracklists, tes flows, te promouvoir. L’album c’est vraiment du sérieux. J’aimerais sortir quelque chose de plus travaillé au niveau de la démarche artistique, comme quand on a sorti Raphaël. C’était spécial, on l’a pensé longtemps à l’avance. [Montre une boîte en bois recouverte de photos] Il est là le projet ! C’était la première fois que je sortais un projet comme ça ! Qu’on peut comprendre sans la musique !  Pour moi c’est fou, il y a une histoire, un film, une expo qui vont avec. Ça allait vraiment plus loin que la musique.

 

 

Propos recueillis par Sarah Merghemi

 

 

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