Olympe Chabert, des covers à la composition

Il y a deux ans, Columbine repostait son medley, faisant décoller son compte Instagram de covers @olympe_et_cable. Aujourd’hui, Olympe Chabert a 21 ans, 50.000 abonnés et sort son premier morceau solo : « Trop ». Elle nous propose une pop acoustique inspirée du rap, aux textes assumés. 

Échange avec cette chanteuse et comédienne originaire de Clichy, autour de ce passage d’interprète à auteure.

Tu crées ta chaine en novembre 2018 et elle est toujours active aujourd’hui. L’année 2018, c’était quoi pour toi? 

C’était ma deuxième année au conservatoire et j’étais un peu déçue par cette deuxième année. Mes potes de la première année étaient partis, il y avait des nouveaux, j’étais un peu perdue, je savais pas trop où j’allais ; j’apprenais des choses, bien sûr, mais je voyais pas trop où ça me menait. Tout le monde commençait à faire des auditions, des trucs comme ça. Moi, j’arrivais pas à me bouger pour aller démarcher des spectacles. Donc, je pense que j’avais besoin d’avoir un projet personnel. La création de la chaine s’est faite un peu par hasard, j’ai eu la chance d’être repostée par Columbine, du coup ça m’a donné une espèce de lancée cette année pour faire autre chose que seulement mes études. En plus, ça me donnait un horizon artistique autre que la comédie musicale ; j’adore ça bien sûr, mais ça me rassure d’avoir plusieurs options et plusieurs chemins qui s’offrent à moi : c’était un peu ça cette année, c’était l’ouverture d’un autre chemin.

 

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Après 2 ans de vidéos et 50k abonnés, tu sors « Trop ». Qu’est ce qui est en trop ?

Justement, je l’ai écrite il y a 2 ans. Je l’ai appelée « Trop » parce que dans le refrain il y a ces phrases : « J’ai trop de temps pour penser au temps » et « C’est pas normal qu’à 20 ans je trouve que j’ai déjà trop vécu ». Quand je dis « trop vécu » c’est les pensées que j’avais à ce moment là : j’étais saoulée à l’avance de tout ce qu’il y avait à faire dans la vie, j’avais l’impression d’avoir déjà donné beaucoup d’énergie pour arriver jusqu’à mes 20 ans et je me disais que j’avais pas l’énergie nécessaire pour faire des thunes, trouver un appart’… Surtout que, quand on est dans un métier artistique, il faut avoir une productivité constante, c’est toi qui doit toujours te bouger pour trouver ton taff etc. J’avais envie de… de pas y aller, de me reposer, de pas avancer dans le futur. C’est de là d’où est venu ce refrain et ce titre, mais je dirais que ce n’est pas quelque chose en trop, c’est plutôt un sentiment de trop, ce sentiment de passer trop de temps à réfléchir à la vie, et de pas y aller. 

Pourquoi ce temps entre l’écriture et la sortie du titre ?

Quand j’ai créé ma chaine et que j’ai commencé à avoir des abonnés, j’ai réalisé que j’avais toujours voulu écrire des chansons, mais que je ne l’avais jamais fait parce qu’il n’y avait personne pour les écouter. À ce moment là, je me suis dit : « j’ai plein d’abonnés qui viennent d’arriver, des gens qui me disent qu’ils aiment bien ma voix, c’est l’occasion d’écrire des chansons, de les enregistrer et d’oser ». C’est ce que j’ai fait, j’ai commencé à écrire.
« Trop », c’est la première chanson que j’ai écrite, la première vraie chanson avec pour vocation de sortir un jour. J’ai été bloquée par l’envie de tout bien faire, d’avoir plein de chansons en stock, puis une stratégie de sortie…Je ne voulais pas balancer les sons juste comme ça, je voulais faire des vrais clips, avoir une cohérence…c’est pour ça que ça a pris autant de temps. Et puis, j’avais pas le temps de m’en occuper : la première année j’étais au conservatoire et ensuite je suis rentrée au cours Florent, j’avais des cours tout le temps, beaucoup de travaux à réaliser. Au moment du confinement, j’ai pensé que c’était pas le bon moment pour commencer à sortir les sons et en plus, on ne pouvait pas filmer de clip puisqu’on avait pas le droit de sortir. Donc ça s’est enchainé naturellement après tout ça, j’ai fait mon clip à la rentrée, et voilà il est sorti !

C’est quoi la différence entre la Olympe Chabert qui sort une chanson et la Olympe et câble qui fait des covers depuis 2 ans ?

(Rires) J’aime trop cette question, j’ai l’impression d’avoir un alter ego, un peu comme « Sullivan » et Vald ou comme d’autres rappeurs, qui ont des espèces d’alter ego qui arrivent comme ça dans les sons et on sait pas trop à quoi ça correspond. Donc Olympe et câble ça pourrait être mon alter ego oui, mais bon, elle est tellement pas différente de ce que je suis puisque j’essaie tellement de rester spontanée dans mes posts et mes photos. J’essaie pas forcément de faire rire les gens, mais je garde ce second degré : je pourrais poster exactement les mêmes trucs si j’avais un compte normal avec que mes potes. Du coup, j’ai pas l’impression qu’il y ait tant de différence. En revanche, je sors mes sons sous mon vrai nom car j’ai envie de marquer une étape, de différencier la Olympe qui faisait des covers et la Olympe qui fait des chansons. Olympe et câble, c’est marrant, c’est un peu la petite meuf qui fait des covers, en plus elle est un peu marrante et tout. Mais ils vont voir que les chansons sont plus dark que ça, que je suis très sincère, que j’écris vraiment ce que je pense. J’écris avec ma vie, avec mes moments de down. « Olympe et câble », c’était trop relié aux covers fun, et pas assez à ce que j’avais à dire en tant qu’artiste, qu’auteur. Mais je garde quand même le petit cynisme que j’ai dans les covers, donc je pense que les gens me retrouveront, du moins j’espère !

 

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Tu as une formation derrière toi en comédie musicale, tu es donc plutôt portée vers la scène : c’est différent de se mettre en scène sur les réseaux sociaux ? 

J’adore la scène, travailler en groupe sur des projets communs et je pense que c’est un des trucs que je préfère. Je me sens vraiment bien et à ma place quand j’interprète quelque chose sur scène, que ce soit de la danse ou une chanson, en groupe ou en solo. Le travail se fait en amont, mais une fois que le public est là, que le rideau est ouvert, il n’y a plus de seconde chance, ça se passe comme ça se passe. Sur les réseaux sociaux, c’est pas du tout pareil. Le simple fait de filmer des vidéos et d’ensuite les poster, ça me donne des « secondes chances » justement : si je foire une prise, c’est pas grave, je coupe, je reprends… Parfois je peux faire quinze, vingt prises pour une seule vidéo, y passer beaucoup de temps, parce que je suis très exigeante sur la qualité. J’essaie que ce soit parfaitement comme je l’ai imaginé, qu’il n’y ait pas une intention ou une note à côté. La vraie différence elle est là : il y a plus de contrôle sur ce que tu donnes sur les réseaux, c’est moins spontané qu’une performance en live. J’aime bien les deux expériences, mais je préfère le spectacle vivant et l’instantané de la scène, car c’est une sensation qu’on ne retrouve nulle part. Mais, ce qui est bien quand on écrit ses propres chansons, c’est qu’on a la perspective de retrouver cette sensation dans les concerts.

 

Le fait d’avoir ton compte Instagram et une « communauté » ça te rend plus libre ou moins libre ? 

Je dirais les deux. Ça me rend plus libre puisque, s’ils étaient pas là, personne m’attendrait, personne m’écouterait, à part mes proches. Si, demain, j’ai pas Instagram et que je sors une chanson sur Spotify, il y aura 100 écoutes, même pas, seulement mes proches et des gens qui tomberont dessus. Peut-être que ça se développerait après, mais sur l’instant, j’aurais pas d’attente ni d’engouement autour d’une sortie ; alors que là, avec les gens qui me suivent et me connaissent déjà, je sens qu’il y a une attente, d’ailleurs on me dit souvent dans les commentaires « fais tes sons ! ». Ça me donne de l’énergie pour me lancer, de savoir qu’il y a des gens qui vont m’écouter, me donner leur avis. Ça me donne une liberté, une occasion de le faire. Si j’avais pas de communauté je ne me serais peut-être pas bougée pour écrire des chansons, démerdée pour trouver un studio.
Mais en effet, vu que j’ai commencé par des covers, les gens me connaissent par un certain prisme et un certain style : ils projettent peut-être des choses, que je vais reprendre des morceaux dans le même style, ou alors des choses juste à la guitare par exemple. Et peut être que ce que je vais proposer ne va pas leur plaire, les déconcerter. Peut-être que ça ne plaira pas autant que si je ne partais de rien. Mais en vrai, je n’ai pas l’impression de me caler sur leurs attentes, je fais ce que j’ai envie de faire, donc ça m’enlève pas tant de liberté !

 

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Projet solo, ça veut souvent dire projet en groupe. Est-ce qu’il y a des gens derrière qui ont travaillé avec toi ?

Depuis ma première chanson, donc depuis deux ans, je bosse avec Jules Jaconelli. C’est ma marraine qui nous avait mis en contact, c’est un super musicien. On s’était rencontré, le courant était hyper bien passé, je lui avais fait écouter déjà des maquettes que j’avais et je lui avais lu le texte de « Trop ». On avait décidé de commencer à bosser ensemble. Il avait un studio et moi je venais. Généralement, j’arrive avec ma chanson acoustique à la guitare et lui il me fait l’arrangement et la production.
Et après, c’est marrant, on s’est croisé à une soirée par ma soeur, puis après, à toutes les soirées. Il était dans ce groupe d’amis de ma soeur que je voyais souvent. On est devenus hyper potes.
Donc, on a bossé à deux sur « Trop » et sur d’autres titres qui ne sont pas encore sortis évidemment, mais qui sont là, qui dorment au chaud. On a eu des propositions de labels et de producteurs, des contrats d’édition, mais pour l’instant il se place comme mon éditeur et on reste tous les deux en auto-production. On verra après, si ça grandit un peu, si on pourra signer quelque part. Pour l’instant l’essentiel est de se concentrer sur le projet.
D’ailleurs, pour le clip, j’avais fait un appel sur mon Instagram et c’est un mec qui m’a répondu en me disant « Je suis en école, je te fais le clip avec mon pote, on se débrouille, on a pas besoin de beaucoup d’argent ». Résultat, on a fait le clip avec très peu de moyens, mais c’était vraiment chouette de travailler avec une équipe où chacun est investi dans le projet. Si ça prend de l’ampleur, c’est cool, ça fait de la visibilité à tout le monde. Fonctionner comme ça, ça permet d’éviter d’avoir à signer un contrat, qui signifierait qu’on est lié, plus pleinement maître de ses décisions artistiques. Je veux d’abord créer mon univers, lancer ce que j’ai à lancer, donner ce que j’ai à donner, que les gens se fassent une idée de moi qui me correspond, que je valide, que j’ai envie de donner. Et ensuite, si quelqu’un doit arriver pour donner de l’argent, et bien ça partira d’une base qui a été crée par moi et non détournée par de la grosse production dès le départ. Dès qu’il y a de l’argent en jeu, les gens donnent leur avis, ce qui est normal, mais pour moi, ça c’est le pire : que quelqu’un ait du contrôle sur ce que je crée. 

Des projets de sortie alors ?

Carrément, j’ai d’autres chansons écrites et enregistrées que j’ai envie de sortir avec des clips, il faut que je les tourne. Je pense que je vais sortir encore une ou deux chansons en single, avec clips, et ensuite je rassemblerai ces chansons avec d’autres déjà écrites, et j’en ferai un EP ou un album.

Le clip, c’est essentiel pour toi ?

C’est plus intéressant. Je pourrais les sortir sans clip mais je trouve que ça donne une dimension plus intéressante à la sortie : d’abord, t’as la chanson en elle même, tu te fais des propres images dessus et ensuite, le fait d’avoir un clip, ça permet d’objectiver la vision de l’artiste sur son propre morceau. Ça fait une dimension en plus pour la chanson. Par contre il y a certaines chansons que j’ai écrites que je ne veux pas clipper, parce qu’elles se suffisent à elles mêmes, il faut laisser les gens se faire leur propre imaginaire. Donc ça dépend.

Quels sont les artistes qui t’inspirent le plus ?

Ça c’est les questions qui m’angoissent ! J’aime tellement de choses et d’artistes alors j’ai toujours peur de pas en dire assez et que les gens se fassent une opinion faussée et figée.
Mais je vais quand même répondre parce que je sais qui m’inspire, dans mes chansons en tout cas.
Sur la manière d’écrire, je suis patrie de Vald et Orelsan. Orel, je l’ai redécouvert un peu avant de me mettre à écrire, j’ai baigné dans ses 2 premiers albums. Vald je l’écoutais tout le temps depuis le lycée. Le coté hyper « brute de décoffrage » de l’écriture d’Orelsan: c’est vraiment comme ça que j’écris, que j’essaie d’écrire en tout cas. Quand t’écoutes, tu te dis, c’est chaud, le gars est vraiment en train de raconter sa vie. Par exemple, il dit « à cause de mes chansons ma copine pense que je la trompe et elle a bien raison » et ça m’avait choqué quand j’ai entendu ça ! (rires) Je me suis dit « mais, il est con, elle va écouter le son », alors que c’est une phrase comme ça, c’est pas forcément vrai, il a même peut être même pas de meuf. J’aime ce principe de donner l’impression que c’est le journal intime du gars, et qu’il étale sa vie, alors que c’est un personnage, et d‘ailleurs il le dit lui-même. J’étais fan et je le suis toujours, de ce genre d’écriture hyper sincère, à coeur ouvert, pensé et posé immédiatement sur papier. Tout en faisant de la poésie, des figures de style, de la rime évidemment. Je trouvais ça génial, alors je me suis pas posé la question, je me suis mise à écrire comme ça. J’ai pas essayé d’être lisse, je voulais pas qu’on écoute mes textes en imaginant une jeune fille polie qui a peur de dire des trucs. Ça m’énerve quand les chansons n’ont rien à dire, qu’elles soient écrites par des filles ou par des mecs bien sûr ; ça peut être des morceaux magnifiques, mais aujourd’hui, je trouve qu’il y a tellement de level dans l’écriture, que si t’es pas au niveau, c’est vraiment dommage.

 

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Et concernant la musique ?

Sur ce plan là, j’ai été influencée plutôt qu’inspirée, par Lomepal, par Columbine beaucoup : c’est hypnotisant, du texte qui défile avec une prod’ qui t’emmène dans un univers, quelque chose de poétique, aérien, ou alors plus sombre… L’idée c’est plutôt de créer une ambiance musicale. 
Je pars de mes textes, ensuite je prends ma guitare, je fais tourner les accords pour trouver des suites un peu chouettes, trouver ma mélodie, mais comme il y a beaucoup de débit de parole, ça donne plutôt quelque chose entre le rap et le chant : c’est pas vraiment du rap, mais il n’y a pas assez de notes tenues, donc c’est pas non plus vraiment chanté. Finalement je n’utilise pas toutes mes capacités vocales. Quand je fais écouter aux gens qui m’entendaient chanter au conservatoire, ils sont déçus, ils me disent que c’est pas assez chanté, et qu’avec mon niveau en chant je pourrais faire beaucoup mieux. Sauf que, ça sort comme ça, ça sort brut, pas dans un grand lyrisme. Je peux être une bonne interprète des chansons des autres, mais s’agissant de mes propres productions, ça sort de cette manière, brut, avec plein de texte qu’il faut caler en 3 minutes et donc c’est mi parlé, mi chanté.

Tu voudrais continuer de développer ta voix en continuant la comédie musicale?

Je fais une croix sur rien. En plus de la comédie musicale, j’ai toujours eu l’envie d’être comédienne, au cinéma surtout. J’adore jouer la comédie, être derrière la caméra et ce projet là, je ne l’abandonne pas, d’ailleurs je fais toujours des castings, j’ai toujours un agent. Mais, je ne me dis pas que je vais « être » quelque chose : j’attends de voir ce qui arrivera et je ne me ferme aucune porte. Si ça perce dans la musique, c’est super, parce que, de toute façon il faut bien vivre de quelque chose et si je peux vivre de ça, c’est le top. Mais ça ne m’empêchera jamais, si je vois une audition qui m’intéresse, d’aller la passer et de me dire « ok les 6 prochains mois je serai sur scène tous les soirs et à coté de ça je continue d’écrire les chansons pour les gens qui m’écoutent sur Spotify ». Pareil, si je suis prise sur un long métrage, je suis trop contente. Je pars plutôt sur une vie d’artiste plutôt que sur une vie précisément de chanteuse, ou de comédienne, ou de comédie musicale. N’importe quel type de projet est le bienvenu !
Propos recueillis par Aurore Lagier 

Pour streamer «Trop », c’est ici : https://linktr.ee/Olympe
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